Prévenir plutôt que guérir : vers un changement systémique du système de soin
Les professionnels de santé accompagnent chaque jour les individus dans leur parcours de soin, au prix parfois d’une forte charge de travail voire émotionnelle. Préserver leur capacité à prendre soin devient donc un enjeu à part entière.
Face à cela, de nouvelles initiatives émergent, avec l’ambition commune de replacer la prévention au cœur du système. Au-delà du bénéfice patient, elles offrent aux soignants des outils pour accompagner autrement, recréer du lien et construire un parcours de soin plus humain et durable.
Illustration avec trois initiatives que nous soutenons.
Prévenir le suicide chez les jeunes
18% des personnes de moins de dix-huit ans souffrent de troubles mentaux et le suicide est la seconde cause de mortalité chez les jeunes. Au sein de l’hôpital Robert Debré, plus de 500 enfants sont accueillis chaque année pour des idées ou tentatives suicidaires.
Pour prévenir le passage à l’acte ou la récidive, le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent déploie un programme de thérapie dialectique comportementale (TCD) pour les moins de 15 ans. Initialement utilisée pour les comportements bordelines, c’est la première fois en France qu’un tel programme est déployé au sein d’un tel service.

Mêlant méditation pleine conscience et techniques cognitives comportementales, cette méthode vise à réduire les comportements à risque et les rechutes ainsi qu’à améliorer durablement la qualité de vie des patients comme celle de leur entourage.
Aujourd’hui, deux psychologues et une infirmière ont été formés et la formation sera prochainement adaptée en module en ligne via la plateforme Clépsy.fr. Après quelques mois, les retours sont encourageants : « Dans notre quotidien, on se questionne beaucoup concernant notre approche et nos pratiques auprès du patient. Cette formation propose des outils que nous n’aurions jamais osé utiliser. Désormais, nous nous autorisons, nous savons mieux comment s’y prendre.” partage Appoline Mahé, psychologue à l’Hôpital Robert Debré recrutée dans le cadre du programme.
Cette expérimentation, au-delà des premiers résultats terrain, interroge plus largement sur l’évolution des pratiques et la place donnée au bien-être mental dans les politiques de santé.
Douleurs chroniques : le récit comme outil de soin
Ce sont parfois des douleurs chroniques qui amènent à se renfermer. Par pudeur, par fatigue ou par crainte de déranger, certains patients finissent par souffrir en silence au détriment de leur bien-être mental.
Pour faire face à cela et éviter le développement de troubles psychiques, Propolis déploie une formation en art du récit au sein des hôpitaux. L’association utilise alors la fiction pour évoquer des sujets difficiles, une manière innovante de s’exprimer.
L’ambition est double. D’une part, aider les patients à ouvrir de nouveaux espaces de parole et à retrouver des mots pour exprimer leurs maux. D’autre part, donner aux soignants de nouveaux outils dans la relation de soin. Peu à peu, l’écoute redevient pleinement active et c’est tout un cercle vertueux qui se crée, jusqu’à parfois apaiser la douleur en elle-même.

« Ce qui est génial, c’est qu’après la formation, notre outil appartient aux professionnels de santé. Ils les réutilisent et les adaptent en consultation individuelle. » témoigne Charlotte Cotton, cofondatrice de Propolis.
Le programme vise cette année à former 60 professionnels et à toucher environ 360 jeunes patients et leurs proches, par effet de diffusion. Pour favoriser son déploiement, nous accompagnons financièrement Propolis en 2026.
Un accès aux soins pour les publics les plus vulnérables
En dehors des murs de l’hôpital cette fois, AlterSoin pour Tous 44 agit pour faciliter l’accès aux soins complémentaires pour les personnes en situation de précarité. Ces pratiques viennent en appui de la médecine conventionnelle et accompagnent les personnes dans leur globalité, en prenant en compte à la fois le corps et la psyché.
Portée par des valeurs de solidarité et de partage, l’association mobilise des thérapeutes bénévoles qui ouvrent leurs portes à des tarifs solidaires : aide psychologique, art-thérapie, diététique, éducation thérapeutique, sophrologie, réflexologie, ostéopathie, … Les bénéficiaires peuvent alors avoir accès à une dizaine de thérapies complémentaires reconnues par l’OMS, jusqu’à 6 séances par an entre 5 et 15€ selon leurs moyens.
Grâce à son action, AlterSoin lutte contre les inégalités et touche des publics souvent éloignés du système de soin, voire totalement exclus, en leur offrant un premier espace d’écoute et de prise en charge.

Pour amplifier son impact et accueillir davantage de bénéficiaires, l’association envisage l’ouverture d’une nouvelle antenne à Saint-Nazaire. Dans le cadre de cette phase de développement, le Fonds s’engage aux côtés d’AlterSoin pour Tous 44.
Si l’enjeu principal de ces initiatives est la prévention, il s’agit plus largement d’une véritable transformation systémique des pratiques des soignants. Leur permettre de soigner sans s’abîmer est l’un des axes stratégiques du Fonds Nouveau Monde.
